La Confrérie de la dague noire : La fille du Vampire, T6.5 - Extrait

Publié le par La Mordue

"La fille du vampire" est un spin-off de la saga. Elle nous raconte l'histoire de Z. & Bella avec leur enfant Nalla. Je vous propose donc le premier Chapitre en VF ! (Ma Chronique)

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Dessin de anyae

* * *

Chapitre 1

— Alors ? Bella a l’air en forme.

Dans la cuisine de la Confrérie, appuyé au comptoir, Zsadist prit un couteau à longue lame, puis coupa le pied d’une laitue romaine qu’il se mit à hacher en tranches régulières de deux centimètres.

— Oui, effectivement.

Il aimait bien Doc Jane. Et avait une sacrée dette envers elle. Mais il lui fallait quand même faire un effort pour lui répondre. Ouais, mais ça serait super moche d’envoyer se faire foutre une femelle qui, non seulement était la shellane de votre Frère, mais en plus avait sauvé l’amour de votre vie après une hémorragie sur la table d’accouchement.

— Depuis deux mois, elle a très bien récupéré, dit Doc Jane qui le regardait, assise à table, son sac médical à la Marcus Welby posé près de sa main spectrale. (NdT : Personnage et médecin d’une série télévisée américaine éponyme des années 1970.) Et Nalla est vraiment adorable. C’est incroyable ce qu’un bébé vampire est plus avancé qu’un humain au même âge. Niveau cognitif, on dirait qu’elle a déjà neuf mois.

— Oui, elles vont bien toutes les deux.

Il continua à couper sa salade, d’un geste machinal et répétitif. Sous sa lame, il voyait les feuilles coupées se défaire en longs rubans verts, comme heureuses avoir été libérées.

— Et toi ? Comment tu t’en sors dans ton nouveau rôle de père—

— Merde !

Il lâcha son couteau avec un juron, et regarda la main qui avait tenu la salade. La coupure était très profonde, jusqu’à l’os, et son sang rouge coulait abondamment de l’entaille.

Doc Jane s’approcha de lui.

— D’accord, viens près de l’évier.

Elle eut le bon sens de ne pas lui toucher le bras, ni d’essayer de le pousser entre les omoplates. Elle se contenta de s’incliner en pointant le doigt vers la robinetterie.

Il ne supportait toujours pas qu’on pose la main sur lui. Sauf Bella, bien entendu. Mais quand même, il avait fait quelques progrès. Désormais, en cas de contact involontaire, son premier mouvement n’était plus de sortir une arme pour faire sauter la main qui l’avait malencontreusement effleuré.

— Vas-y, dit-elle en faisant couler l’eau chaude.

Il tendit le bras et mit son pouce sous le jet. Ce qui lui fit un mal de chien. Il ne grimaça même pas.

— Laisse-moi deviner, dit-il d’une voix sombre. C’est Bella qui t’a demandé de venir me parler ?

— Nan. (Quand il lui jeta un regard sceptique, le bon docteur secoua la tête.) Je viens d’aller les examiner, elle et le bébé. Et c’est tout.

— Tant mieux. Parce que je vais très bien.

— Ouais. Je me doutais que tu dirais ça.

Croisant les bras sur sa poitrine, Doc Jane le regarda avec des yeux qui donnèrent à Zsadist envie de construire un mur de briques pour se protéger d’elle. Qu’elle soit à l’état solide ou spectral— comme en ce moment— ça n’avait aucune importance. D’un seul coup d’oeil, une femelle pareille vous étrillait au papier de verre. Pas étonnant qu’elle s’entende aussi bien avec Vishous.

— Elle m’a dit que tu ne prenais plus sa veine.

Zsadist haussa les épaules.

— Nalla a davantage besoin que moi de ce que Bella peut fournir.

— Ça n’a rien à voir. Bella est jeune, en bonne santé, avec de parfaites habitudes alimentaires. Et tu la laisses boire sur toi.

— Bien entendu. Je ferai n’importe quoi pour elle. Pour elle et son bébé.

Il y eut un très long silence.

— Peut-être pourrais-tu parler avec Mary ?

— De quoi ? (Il coupa l’eau et secoua sa main au-dessus de l’évier.) Ce n’est pas parce que je respecte les requêtes de ma shellane que j’ai besoin d’un psy. Bordel, on ne pourrait pas me foutre la paix ?

Il arracha un Sopalin d’un rouleau posé près du placard, et s’essuya la main.

— Pour qui est cette salade, Z ? demanda le docteur.

— Quoi ?

— La salade. Tu l’as faite pour qui ?

Zsadist tira une poubelle, et y jeta le Sopalin taché.

— C’est pour Bella. Écoute, je ne veux pas être désagréable, mais—

— Quand as-tu mangé pour la dernière fois ?

Il leva les mains en l’air.

— Arrête ! Pour l’amour de Dieu— arrête. Je sais que tu veux bien faire, mais je suis un peu… tendu. Je n’ai vraiment pas besoin que Vishous me tombe dessus parce qu’on se sera engueulé. J’ai compris ce que tu voulais me dire—

— Regarde ta main.

Il baissa les yeux. Le sang coulait toujours de son pouce sur son poignet, et jusqu’à son avant-bras. S’il n’avait pas porté un tee-shirt à manches courtes, il aurait eu du sang jusqu’au coude. Là, au contraire, ça dégoulinait sur les carreaux terracotta. (NdT : Terme italien signifiant "terre cuite" désignant le matériau d’un carrelage ou sa couleur brune.).

La voix de Doc Jane était si calme que c’en était crispant. Et sa logique était tout aussi agressive.

— Tu fais un boulot dangereux, et tu dois faire attention à ton état physique pour éviter de te faire tuer. Je ne veux pas parler avec Mary ? D’accord. Mais tu as besoin de faire certaines concessions. Cette coupure aurait déjà dû se cicatriser. Ce n’est pas le cas. Je suis prête à parier que ça va encore saigner une heure ou deux. (Elle secoua la tête). Tu sais que Wrath m’a nommée physicien personnel de la Confrérie. Si tu continues à déconner, à ne pas manger, à ne pas boire, et à ne pas dormir, tes performances vont en souffrir. Et je vais demander à ce que tu restes au manoir.

Zsadist regarda d’un air féroce le sang qui coulait de sa blessure. Le filet rouge traversait la bande d’esclave de trois centimètres d’épaisseur qui avait été tatouée sur son poignet, deux siècles plus tôt. Il en avait une autre au bras droit— et encore une autour du cou.

En se penchant, il ramassa une autre serviette. Qui suffit à nettoyer le sang. Mais il n’arriverait pas à se débarrasser aussi aisément des marques que cette salope de Maîtresse lui avait incrustées dans la peau. L’encre était bel et bien gravée dans son derme, pour annoncer à tous qu’il avait été un objet destiné à servir, et non pas un individu avec une vie propre.

Par une curieuse association d’idées, il pensa à la peau si douce et délicate de Nalla, sans la moindre marque. Tout le monde en remarquait la finesse. Bella. Tous ses Frères. Toutes les shellanes de la maison. C’était l’une des premières choses qui attirait un commentaire quand quelqu’un touchait le bébé. Ça et la façon dont elle était agréable à tenir, et à câliner.

— Tu as déjà essayé de les faire enlever ? demanda doucement Doc Jane.

— C’est impossible, répondit-il d’une voix brusque, en baissant la main. Il y avait du sel dans cette encre. C’est définitif.

— Mais as-tu déjà essayé ? Il y a de nouvelles techniques au laser—

— Je vais m’occuper de cette coupure pour finir ma salade. (Il prit une autre serviette.) Il me faut des compresses et du sparadrap—

— J’en ai dans mon sac, dit-elle en se tournant vers la table. Si tu veux que je—

— Non merci. Je me soigne tout seul.

Doc Jane le fixa droit dans les yeux, d’un regard clair.

— Si tu tiens à être indépendant, aucun problème. Mais je ne supporte pas la connerie. C’est bien compris ? Le banc de touche a déjà ton nom écrit dessus.

Si elle avait été l’un de ses Frères, il lui aurait déjà montré les dents, en feulant. Mais c’était impossible de faire ça à Doc Jane— et pas seulement parce qu’elle était femelle. En fait… ça ne marchait pas avec elle. Elle était trop accro à l’objectivité de ses avis médicaux.

— C’est bien compris ? insista-t-elle, de toute évidence peu impressionnée par l’air féroce qu’il affichait.

— Ouais. J’ai entendu.

— Parfait.

— Il a des cauchemars… Seigneur, de tels cauchemars.

Bella se pencha pour jeter la couche sale à la poubelle. En se relevant, elle en prit une autre sous la table à langer, ainsi que le talc et les lingettes nettoyantes. Agrippant les deux chevilles de Nalla, elle releva les petites fesses de sa fille, puis l’essuya d’un geste preste avec la lingette, répandit un peu de talc, et remit la couche propre en place.

— Des cauchemars qui datent de son esclavage ? demanda Phury d’une voix basse, à l’autre bout de la nurserie.

— Sûrement. (Bella lâcha Nalla, et finit de serrer la couche sur les côtés.) Mais il ne m’en parle pas.

— Et ce qu’il mange normalement ? Est-ce qu’il boit ?

Bella secoua la tête tout en rattachant les pressions de la grenouillère de Nalla— rose, avec une tête de mort blanche et deux tibias croisés sur le devant.

— Il ne mange presque rien, et ne prend plus ma veine. C’est comme… Je ne comprends pas, le jour où elle est née, il semblait si émerveillé, soulagé,

heureux. Ensuite, il y a eu comme un déclic, et il s’est renfermé. Actuellement, c’est presque aussi dur qu’au début.

» (Elle regarda Nalla, qui jouait avec le dessin sur son ventre.) Je suis désolée de t’avoir demandé de venir jusqu’ici… Je ne sais pas trop à qui d’autre en parler.

— Je suis heureux que tu m’aies appelé. Je serai toujours là pour vous deux, tu le sais bien.

Serrant Nalla contre son épaule, elle se retourna. Phury était appuyé au mur crème de la nurserie, son énorme corps paraissant étrange contre le papier mural, peint à la main de petits lapins, d’écureuils et de faons.

— Je ne veux pas te mettre dans une position difficile. Ni te retenir loin de Cormia sans nécessité.

— Ce n’est pas le cas, dit-il en secouant la tête, ce qui fit briller ses cheveux multicolores. Si je ne dis rien, c’est que j’essaye de réfléchir à la meilleure chose à faire. Il n’est pas toujours efficace de lui parler directement.

— C’est vrai. Mais je n’ai plus d’idées, et… je commence à perdre patience.

Bella avança, et s’installa dans le fauteuil à bascule, en tenant son bébé dans ses bras.

Les yeux dorés de Nalla brillaient dans son petit visage angélique— avec un regard qui la reconnaissait. Le bébé savait exactement qui était avec elle… et qui ne l’était pas. Au cours de la dernière semaine, elle avait commencé à reconnaître son entourage. Ce qui changeait tout.

— Il ne la prend jamais, Phury. Il ne la prend jamais dans ses bras.

— Tu es sérieuse ?

Les yeux pleins de larmes, Bella voyait soudain sa fille à travers un voile flou.

— Bon sang, je me demande vraiment quand j’en aurai fini avec cette dépression post-partum. Je pleure toutes les cinq minutes.

— Attends, il ne la prend jamais ? Même pas une fois ? Il ne la soulève pas de son berceau ou—

— Il ne la touche jamais. Zut, pourrais-tu me donner un mouchoir en papier ? (Quand il lui approcha une boîte de Kleenex, elle en tira un, et le pressa contre ses yeux.) Je suis dans un état merdique. Je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à Nalla qui passera sa vie à se demander pourquoi son père ne l’aime pas. (Elle poussa un juron, et se mit à pleurer plus fort.) D’accord, c’est complètement ridicule.

— Mais non, dit-il. Ce n’est pas ridicule. Je te comprends.

Phury s’agenouilla, tenant la boîte de mouchoirs en face d’elle. Bizarrement, Bella remarqua qu’il y avait sur cette boîte le dessin d’une allée au milieu d’arbres touffus. Et des buissons avec des fleurs pourpres de l’autre côté. Comme si les érables portaient des robes de ballet.

Elle s’imagina prendre ce chemin… et partir vers un ailleurs où elle serait bien mieux qu’ici.

Elle tira un autre mouchoir.

— Tu vois, j’ai grandi sans avoir de père. Mais au moins, j’avais mon frère, Rehvenge. Je n’arrive pas à imaginer ce que ce doit être d’avoir un père vivant, mais indifférent. (Avec un petit roucoulement, Nalla bâilla, puis grimaça en se frottant les yeux du dos de la main.) Regarde-la. Elle est innocente. Et elle a tellement besoin d’être aimée… Je veux dire... Oh seigneur, je vais devoir acheter un stock entier de Kleenex.

Avec un bruit dégoûté, elle tira un autre mouchoir. Pour éviter de regarder Phury tandis qu’elle se tamponnait les yeux, elle laissa sans regard errer autour de la pièce agréable qui avait été autrefois une grande penderie. Maintenant, tout était aménagé pour le bébé. Il y avait un fauteuil à bascule en pin que Fritz avait fait lui-même, une table à langer assortie, et le berceau, qui était encore décoré de ses nombreux rubans de toutes les couleurs.

Lorsque le regard de Bella se posa sur l’étagère avec tous ces gros livres pour enfants, elle se sentit encore plus mal. Elle et les autres Frères venaient souvent lire une histoire à Nalla, tenant le bébé sur leurs genoux, avant d’ouvrir les couvertures brillantes pour lui raconter des histoires amusantes et rythmées.

Seul son père ne venait jamais. Et pourtant Zsadist avait appris à lire plus d’un an plus tôt.

— Il ne parle jamais d’elle comme sa fille, dit-elle. C’est toujours ma fille. Pour lui, elle est à moi, et pas à nous.

Phury poussa un juron étouffé.

— Je dois avouer que j’ai du mal à résister à l’envie de descendre l’engueuler.

— Ce n’est pas sa faute. Après tout, je dois considérer tout ce qu’il a traversé... J’aurais dû m’y attendre, je suppose. (Elle se racla la voix.) Tu sais, cette grossesse n’avait pas été prévue et je me demande… Peut-être m’en veut-il être tombée enceinte ? Peut-être regrette-t-il qu’elle soit née ?

— Bella, tu as été un miracle pour lui. Tu le sais bien.

Elle prit un autre mouchoir et secoua la tête.

— Mais il ne s’agit plus désormais que de moi seule. Et je n’élèverai pas Nalla ici s’il ne nous accepte pas toutes les deux…. Je préférerais m’en aller.

— Houlà. Je pense qu’il est prématuré—

— Elle commence à reconnaître les gens, Phury. Elle va comprendre qu’il la repousse. Et il a déjà eu trois mois pour s’habituer à l’idée d’être père. Avec le temps, ça deviendra de pire en pire.

Tandis que Phury poussait un autre juron, elle étudia le regard doré du jumeau de son hellren. Seigneur, cette couleur citrine brillait aussi dans le visage de sa fille. Jamais elle ne pourrait regarder Nalla sans penser à son père. Et pourtant…

— Sérieusement, dit-elle, que se passera-t-il d’ici un an ? Il n’y a rien de plus horrible que de dormir près de quelqu’un qui vous manque autant que s’il était déjà parti. Ou de l’avoir comme père.

Nalla tendit la main, comme pour prendre elle aussi un des mouchoirs.

— Je ne savais pas que tu étais là.

Bella tourna les yeux vers la porte, où se tenait Zsadist, avec dans les mains un plateau qui contenait une salade et un pichet de limonade. Il avait un bandage blanc à la main gauche, mais son visage fermé indiquait qu’il ne voulait aucune question à ce sujet.

Penché comme ça, à la porte de la nurserie, il était exactement celui dont elle était tombée amoureuse et qu’elle avait choisi comme compagnon : Un mâle gigantesque au crâne rasé, avec une cicatrice qui lui coupait le visage en deux, des bandes d’esclavage aux poignets et au cou, et des anneaux à la poitrine que se voyaient sous le tee-shirt noir serré.

Elle repensa à lui, la première fois qu’elle avait vu, massacrant à coups de poings un sac de sable dans le gymnase du centre d’entraînement. Il avait été incroyablement rapide et violent. Et tandis que ses poings volaient plus vite que les yeux ne pouvaient les tracer, le sac se balançait sous ses coups de boutoir. Et soudain, sans même s’arrêter, il avait sorti une dague noire de son harnais de poitrine, et poignardé le punching-ball sur lequel il tapait, enfonçant sa lame à travers le cuir, laissant s’échapper le sable de l’intérieur comme s’il s’agissait des tripes d’un lesser.

Elle avait appris peu à peu qu’il y avait bien plus en lui qu’un féroce guerrier. Qu’il avait des mains d’une grande douceur quand il s’agissait d’elle. Et que ce visage déformé à la lèvre blessée pouvait sourire et la regarder avec un amour infini.

— Je suis passé pour rencontrer Wrath, dit Phury, en se levant.

Le regard de Zsadist se posa sur la boîte de Kleenex que tenait son jumeau, puis sur le mouchoir que Bella froissait entre ses mains.

— Vraiment ?

Tandis qu’il tendait la main pour poser le plateau sur la commode dans laquelle étaient rangés les vêtements de Nalla, il ne regarda pas sa fille. Qui savait parfaitement que son père était dans la pièce. Nalla tourna la tête dans sa direction, avec des yeux implorants, et des petits bras tendus vers lui.

Aussitôt, Zsadist recula dans le couloir.

— J’espère que ton rendez-vous se passera bien, dit-il. Je dois sortir.

— Je viens avec toi, dit Phury.

— Je n’ai pas le temps. Á plus. (Les yeux de Zsadist se posèrent sur Bella.) Je t’aime.

Bella serra Nalla plus près d’elle.

— Je t’aime aussi. Sois prudent.

Il hocha la tête, une fois. Puis disparut.

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